06 novembre 2011

Présentation d’Echanges (texte français)

 

ECH NBREchanges et Mouvement n’est pas un groupe, au sens qu’on donne tra­di­tion­nel­le­ment à ce mot dans les milieux gau­chis­tes, mais un réseau, dont quel­ques points de son his­toire per­met­tront de mieux com­pren­dre les posi­tions actuel­les. Echanges a été cons­ti­tué en 1975 par des mili­tants venant de différents grou­pes :

- quel­ques mem­bres de Solidarity, liés à Joe Jacobs, après son expul­sion de ce groupe anglais parce qu’il déf­endait l’impor­tance de la lutte de classe, contre la ligne de la majo­rité proche des posi­tions de Castoriadis ;

- quel­ques par­ti­ci­pants au groupe français ICO (Informations Correspondance Ouvrières), dis­paru dans les remous de l’après-1968, qui sou­le­vaient la même ques­tion de l’impor­tance et de la nature de la lutte de classe ;

- du groupe hol­lan­dais com­mu­niste de conseils Daad en Gedachte (Action et Pensée) ;

- d’un petit groupe belge publiant le bul­le­tin Liaisons.

Tous étaient en contact depuis plus ou moins long­temps, et d’autres indi­vi­dus ou grou­pes dis­persés s’y rat­ta­chaient. Le lien entre eux ne pas­sait pas seu­le­ment par les publi­ca­tions de chacun ou la cor­res­pon­dance qu’ils entre­te­naient, mais par des ren­contres inter­na­tio­na­les rela­ti­ve­ment régulières. Une de ces ren­contres avait fourni les idées et les matériaux pour une bro­chure qui expri­mait leurs posi­tions com­mu­nes : Le Nouveau Mouvement (déc­embre 1974). Pour conti­nuer à main­te­nir les éch­anges tissés au cours des années, ces différents grou­pes et indi­vi­dus décidèrent de publier un bul­le­tin don­nant des infor­ma­tions sur la lutte de classe et sur l’acti­vité des grou­pes de la gauche radi­cale dans tous les pays : Echanges. Le réseau de départ fut cons­ti­tué par les contacts exis­tant à ce moment-là et offrait à chacun l’oppor­tu­nité d’enga­ger ou de pour­sui­vre toutes dis­cus­sions sur l’évo­lution de la société capi­ta­liste et de la lutte de classe.

Comment se fait le bulletin « Echanges » et dans quel but ?

Au départ, ceux qui lancèrent le projet du bul­le­tin Echanges, quoi­que venant d’ori­gi­nes diver­ses, décidèrent de ne pas se pré­oc­cuper de cla­ri­fier for­mel­le­ment ce qu’ils savaient avoir en commun, contrai­re­ment à ce qui accom­pa­gne habi­tuel­le­ment l’appa­ri­tion d’un nou­veau groupe. C’est le projet pre­nant forme qui révéla la com­mu­nauté de leur appro­che.

Celle-ci s’expri­mait dans l’ana­lyse des divers phénomènes de la lutte de classe au quo­ti­dien en les replaçant dans le cadre d’une com­préh­ension géné­rale du monde : ces phénomènes incluent ce que beau­coup considèrent comme des formes indi­vi­duel­les de rév­olte ou de refus, qui par­ti­ci­pent cepen­dant d’un mou­ve­ment col­lec­tif (absenté­isme, tur­no­ver, refus du tra­vail, etc.).

Pour suivre cette voie, nous devons avoir des infor­ma­tions sur ces conflits et les théories qui s’y rat­ta­chent :

- la raison d’être d’Echanges est dét­erminée par la carence d’infor­ma­tions sur les conflits de classe et par l’impor­tance démesurée donnée géné­ra­lement aux infor­ma­tions poli­ti­ques et éco­no­miques (deux manières de mas­quer la réalité) ;

- d’où une double tâche : recher­cher les infor­ma­tions concer­nant les luttes de classe et faire un choix dans la masse des nou­vel­les poli­ti­ques, diplo­ma­ti­ques et éco­no­miques ;

- nous n’avons pas d’idées préconçues qui limi­te­raient notre col­lecte d’infor­ma­tions ou nos ana­ly­ses. Ce n’est pas ce que nous pen­sons - y com­pris des luttes - qui importe, mais ce que chacun fait et le sens réel de cette action : nous avons tout à appren­dre de ces luttes, et répugnons à dis­tri­buer des conseils et des leçons, considérant de telles atti­tu­des comme la marque d’une élite qui cher­che à uti­li­ser et domi­ner les luttes ouvrières ;

- le bul­le­tin Echanges vou­drait être autre chose qu’un moyen d’infor­ma­tion à sens unique. Il est conçu plutôt comme une lettre col­lec­tive, à laquelle chaque lec­teur peut appor­ter sa contri­bu­tion selon ses pos­si­bi­lités et ses besoins, en éch­ange de ce qu’il peut atten­dre des autres.

Fondements d’Echanges

Un réseau est, comme un groupe ou une col­lec­ti­vité, un orga­nisme ayant sa propre vie dont l’évo­lution se rat­ta­che à celle de la société. Depuis 1975, cer­tains l’ont quitté pour différ­entes rai­sons et d’autres l’ont rejoint qui n’avaient pas la même appro­che que les pre­miers par­ti­ci­pants. En 1980, quel­ques-uns d’entre nous pro­posèrent un texte expri­mant plus clai­re­ment les posi­tions com­mu­nes d’Echanges. Ces thèmes ne peu­vent être considérés comme la « plate-forme » d’Echanges, mais plutôt comme une inci­ta­tion à la dis­cus­sion. Ce qui suit n’est pas le texte d’ori­gine mais son état remis à jour à la fin de 2002 :

1) Dans la société capi­ta­liste, la contra­dic­tion réelle n’est pas dans les idées (révo­luti­onn­aires, réf­orm­istes, conser­va­tri­ces, réacti­onn­aires, etc.) mais dans les intérêts. La pro­duc­tion mar­chande ne pourra être ren­versée et le sala­riat aboli par l’effet d’une volonté ou d’un désir, quelle qu’en soit la dét­er­mi­nation, mais rés­ul­tera de la lutte de classe qui se dével­oppe à partir de la posi­tion des tra­vailleurs dans le système capi­ta­liste de pro­duc­tion ;

2) une opi­nion très lar­ge­ment rép­andue sou­tient que la condi­tion essen­tielle et néc­ess­aire de ce qui est défini comme une atti­tude révo­luti­onn­aire ou une action ouvrière est l’exis­tence d’une cons­cience de classe et d’une unité chez les tra­vailleurs. Ce point de vue ou bien ignore, ou bien considère d’une manière erronée, com­ment action et cons­cience s’influen­cent mutuel­le­ment. Les tra­vailleurs n’agis­sent pas comme une classe révo­luti­onn­aire parce qu’ils seraient cons­cients et unis ; cons­cience et unité ne préex­istent pas à la lutte, mais sur­gis­sent avec elle. Le combat social trans­forme la men­ta­lité de ceux qui y sont impli­qués. Leur place en tant que classe à l’intérieur du système les conduit de la simple déf­ense de leurs pro­pres intérêts à un affron­te­ment direct avec les intérêts de l’ordre exis­tant. De telles luttes sur­gis­sent conti­nuel­le­ment, et poten­tiel­le­ment elles sont révo­luti­onn­aires ;

3) le dével­op­pement de la lutte de classe avec toutes ses formes chan­gean­tes est par suite beau­coup plus impor­tant que le dével­op­pement des grou­pes ou mou­ve­ments soi-disant révo­luti­onn­aires, quel que soit le contenu que l’on donne à ce der­nier mot ;

4) toute pensée ou pra­ti­que de rup­ture avec toute forme d’exploi­ta­tion n’est nul­le­ment une ques­tion de dis­cus­sion théo­rique et d’opi­nions, mais une ques­tion de lutte de classe et d’action des ouvriers, action déc­oulant direc­te­ment de leurs condi­tions quo­ti­dien­nes d’exploi­ta­tion ;

5) les syn­di­cats sont des ins­ti­tu­tions de la société capi­ta­liste qui assu­rent une fonc­tion de régu­lation du marché de la force de tra­vail. Pour pou­voir accom­plir au mieux cette fonc­tion, ils doi­vent main­te­nir l’équi­libre entre, d’une part, les intérêts des tra­vailleurs, afin de conser­ver leur sou­tien, et d’autre part, les intérêts du capi­tal, afin de conser­ver la confiance des capi­ta­lis­tes et leur être de quel­que uti­lité. L’évo­lution du capi­ta­lisme fait que la régu­lation du marché de la force de tra­vail oblige de plus en plus fréqu­emment les syn­di­cats à jouer un rôle dis­ci­pli­naire répr­essif contre les tra­vailleurs. Lancer des appels pour reje­ter les syn­di­cats, les sou­te­nir ou les réf­ormer n’a aucun sens. Il est plus impor­tant d’ana­ly­ser leur rôle concret et spé­ci­fique dans et avec le dével­op­pement de la lutte de classe, en sachant que ces mêmes tra­vailleurs qui sou­tien­nent les syn­di­cats, quand ils les ser­vent à cause de leur fonc­tion dans le système, seront les pre­miers à s’y oppo­ser dans la pra­ti­que, lorsqu’ils seront contraints d’agir contre l’ordre social.

En général, on peut dire que, par­ti­cu­liè­rement dans les pays avancés, le dével­op­pement de la lutte de classe a considé­rab­lement réduit la capa­cité de méd­iation des syn­di­cats et créé des situa­tions dans les­quel­les les tra­vailleurs s’oppo­sent direc­te­ment aux syn­di­cats. Ce dével­op­pement de la lutte de classe rend com­plè­tement ana­chro­ni­que tout nou­veau projet syn­di­cal ;

6) pour des rai­sons simi­lai­res, lancer des appels au rejet ou au sou­tien du par­le­men­ta­risme n’a aucun sens. Son sort dans le système capi­ta­liste dépend tota­le­ment de la lutte de classe. Quelles que puis­sent être les rai­sons données par les soi-disant révo­luti­onn­aires pour ne pas par­ti­ci­per au tra­vail par­le­men­taire ou ne pas voter, elles sont bien éloignées de celles des tra­vailleurs. Lorsque ces der­niers refu­sent d’aller voter et res­tent à la maison le jour des élections, c’est parce que le par­le­men­ta­risme et les poli­ti­ciens n’ont plus rien à leur dire, parce qu’ils ont com­pris qu’aucun des partis poli­ti­ques ne défend leurs intérêts et que cela ne fait guère de différ­ence qu’un parti ou un autre soit au gou­ver­ne­ment. Quant à ceux qui se dép­lacent pour aller voter parce qu’ils par­ta­gent cer­tai­nes illu­sions par­le­men­tai­res, ils par­ti­ci­pe­ront tout autant que les abs­ten­tion­nis­tes à des grèves sau­va­ges ou à des occu­pa­tions d’usine, en pleine illé­galité. Ces deux caté­gories de tra­vailleurs se com­por­te­ront alors de la même manière indép­end­amment de leurs opi­nions et atti­tu­des dans les élections, et le feront sans avan­cer de théorie révo­luti­onn­aire à propos du Parlement ;

7) les soi-disant mou­ve­ments révo­luti­onn­aires et grou­pes révo­luti­onn­aires appa­rais­sent aujourd’hui comme de plus en plus fai­bles et ato­misés. Ils sont fai­bles parce que les tra­vailleurs agis­sent par eux-mêmes et pour eux-mêmes, parce que ces der­niers ne veu­lent pas que leurs moyens d’action et leurs mét­hodes de lutte leur soient pres­crits ou ensei­gnés par un mou­ve­ment ou un groupe quel­conque formé dans ce but en dehors, ni même à l’intérieur, de la classe ouvrière. La lutte de classe existe et se dével­oppe indép­end­amment de ces mou­ve­ments ou grou­pes révo­luti­onn­aires. Le niveau et la dimen­sion de ce qui est alors appelé « inter­ven­tion des grou­pes révo­lutio­nnn­aires dans les luttes » ne dét­er­mine ou n’influence jamais fon­da­men­ta­le­ment le niveau et la dimen­sion des luttes. On ne par­ti­cipe indi­vi­duel­le­ment à une lutte que parce qu’on appar­tient soit à la col­lec­ti­vité qui y est impli­quée, soit à l’un ou l’autre des orga­nis­mes tem­po­rai­res créés durant celle-ci. Nous considérons qu’à l’extérieur de ces luttes, notre acti­vité peut être éventu­el­lement utile par l’éch­ange d’infor­ma­tions, la dis­cus­sion et la recher­che d’expli­ca­tions théo­riques, mais pas par des inter­ven­tions intem­pes­ti­ves ;

8) si nous devions caracté­riser la révo­lution, nous dirions que le ren­ver­se­ment du capi­ta­lisme ne se fera que par un déman­tèlement total des forces de domi­na­tion du système et la for­ma­tion d’orga­nes auto­no­mes dans les luttes ouvrières, par le déclin et la dis­pa­ri­tion de toutes les pra­ti­ques orga­ni­sa­tion­nel­les ayant pour but de représ­enter les intérêts des tra­vailleurs et de toutes les ten­ta­ti­ves de donner à celles-ci une expres­sion idéo­lo­gique.

Qu’est-ce qu’Echanges aujourd’hui ?

Nous ne sommes pas intéressés par la conquête de quel­que chose ou la direc­tion de qui­conque. Nous sommes un petit nombre de par­ti­ci­pants dis­persés qui écrivons et dif­fu­sons des publi­ca­tions tou­chant entre 300 et 500 lec­teurs. Parmi ces der­niers, il n’y a sans doute pas beau­coup d’ouvriers et plu­sieurs auront cer­tai­ne­ment des dés­acco­rds avec quel­ques-uns ou divers points développés dans ce texte de prés­en­tation. Ainsi que nous l’avons sou­li­gné ci-dessus, un groupe est le pro­duit d’une situa­tion his­to­ri­que. Le destin d’Echanges ne rés­ulte pas sim­ple­ment de notre enga­ge­ment ou de notre acti­vité, mais de l’évo­lution de la lutte de classe. Essayer de cons­truire autre chose en nous rap­por­tant à notre seule volonté serait contra­dic­toire avec ce que nous pen­sons. Une cri­ti­que sou­vent enten­due prétend que nous ne sommes que des spec­ta­teurs de la lutte de classe. Ce que nous avons développé contre­dit cette affir­ma­tion ; nous ajou­te­rons qu’être cons­tam­ment impli­qué ou non dans le dével­op­pement des anta­go­nis­mes de classe n’est nul­le­ment une ques­tion de choix. Actuellement, les éléments les plus actifs dans Echanges sont rép­artis en Belgique, en Espagne, en France, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis.


Pour nous contac­ter :

echan­ges.mou­ve­ment@ laposte.net

ou :

BP 241, 75866 Paris Cedex 18

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