Deliveroo : les livreurs s’organisent contre le paiement à la course

Extrait de révolution permanente

La direction de la société de repas à domicile va généraliser et imposer pour les « bikers » le payement à la course, de quoi s’inquiéter pour les coursiers d'une drastique perte de rémunération. Depuis l'essor de l'ubérisation à la course, les conditions de travail et surtout de rémunération n'ont pas cessé de se dégrader.

Olivier Isidore vendredi 4 août



© Illustration : Charlie Poppins pour Les Inrockuptibles

La startup britannique travaille avec quasiment 7500 coursiers sur le territoire français, définis comme « livreurs auto-entrepreneurs » (pour mieux vendre du rêve) l’entreprise souhaite imposer aux travailleurs ce qu’elle appelle la « convergence à la tarification ». Il s’agit de simplifier le mode de rémunération des coursiers. A l’heure actuelle il existe deux types de tarification : ceux qui avaient commencé après septembre 2016 sont payés 5€ à la course et les dits « anciens » (ceux qui ont débuté avant cette date) qui sont près de 600, selon Deliveroo bénéficieraient d’un mode de rémunération fixe à 7,50€ de l’heure auxquel s’ajoute un complément de 2 à 4 euros selon la qualité du service offert. L’objectif de la startup est de faire passer tout le monde au même tarif, alors que l’entreprise s’était engagée à respecter la tarification des anciens et de laisser au libre choix ceux qui veulent en changer. Mais actuellement, ceux qui n’ont pas signé le contrat de tarification sous les nouvelles conditions reçoivent un mail les sommant de le faire, sous menace de les mettre à la porte, se plaignent les coursiers.

Selon le secrétaire général du syndicat CGT coursiers en vélo de la Gironde M. Hay, la nouvelle réglementation des rémunérations provoquera une perte drastique des rémunérations. Ceux qui avaient un tarif fixe horaire ainsi que 4€ par commande « devront désormais réaliser 7,5 commandes par heure pour ne pas perdre de l’argent, ce qui est impossible » et ceux qui percevaient 2€ par commande en plus du tarif fixe « devront livrer 2,5 commandes par heure pour ne pas y perdre. Ce qui est déjà très compliqué », le secrétaire poursuit « peut-être que quelques uns vont y gagner en travaillant la nuit et le week-end ». Mais il précise « on se bat déjà pour travailler car la direction a fait rentrer trop des coursiers ».

Le constat de M. Hay est pertinent, en effet pour comprendre la démarche, pas besoin d’avoir lu Le Capital de Karl Marx, ni d’être un génie en mathématiques. Le capitalisme est simple : Deliveroo est en train de créer sa propre « armée de réserve » de précaires pour ainsi soumettre ses livreurs à la concurrence et de cette façon faciliter la baisse des rémunérations.

Deliveroo dit « travailler à améliorer l’algorithme pour que les livreurs aient le moins de temps d’attente possible au restaurant pour récupérer le repas et le moins de distance à parcourir ». De quoi faire marrer les livreurs qui s’attendent déjà aux prochaines mesures à suivre après cette « convergence à la tarification », le passage au mode Free déjà utilisé par Ubereats qui revient à un système ou il n’ y a pas de planning : chacun vient travailler quand il veut, comme pour les chauffeurs Uber.

Le combat ne fait commencer, mais pour que la lutte soit victorieuse, les coursiers doivent commencer par unifier leurs demandes (Les coursiers bordelais demandent l’arrêt définitif de cette nouvelle tarification, alors qu’à Lyon ils demandent une augmentation de 5€ à 7,50€ par course). Mais mise à part ces divergences revendicatives, le fond du problème ce n’est pas tellement le prix de la course, c’est le système d’ubérisation qui est en train de se mettre en place dans une grande quantité de secteur et qui est en complet accord avec le souhait du gouvernement et des patrons d’éliminer le code du travail et d’ubériser le marché du travail. La salarisation des « Bikers courtiers » s’impose. Ainsi, Deliveroo devrait prendre en charge les équipement de protection individuelle pour les coursiers (casque, protège-coudes, vestes, etc...) mais aussi la prise en charge du téléphone portable (outil essentiel pour la livraison) ainsi que le vélo et son outillage de réparation. Car dans ce domaine là, le vélo est un outil de travail, ainsi que pour tout ce qui est du domaine des cotisations salariales et mutuelle, qui pour l’instant restent à la charge du travailleur. A bas l’uberisation, passage en CDI pour toutes et tous les coursiers !