Les restructurations des secteurs financiers depuis les années 1980.

Echanges N° 111

samedi 17 décembre 2005

Avant propos.
Le texte que nous vous présentons, est en quelque sorte une suite à la brochure « La sphère de circulation du capital » parue en octobre 2000 sous un autre angle, celui de la déréglementation du secteur financier. Il faut considérer que le mouvement de déréglementation du secteur financier s’est engagé dans les années 1980 et se présentait comme une réponse positive aux réglementations issues de la crise de 1929, notamment la loi Glass Steagall de 1933 aux Etats-Unis. Ce que communément nous appelons le keynésianisme et sa société mixte, devaient être mis à mort. Le retournement monétariste de 1979, fut dans les grandes lignes la conséquence d’un manque de rentabilité du Capital à l’échelle internationale, l’heure était donc venue « d’assassiner Keynes » comme partisan du socialisme d’Etat. On allait donc « libéraliser » c’est-à-dire trouver les moyens de sortir le capitalisme mondial de sa « crise de rentabilité ». Ainsi de 1982 à 1986 on pouvait dresser un premier bilan de la première vague de « libéralisation » :
Les performances de la « sphère financière » étaient spectaculaires, elle progressaient de 130% (indice mondial des marchés financiers) soit une croissance dix fois supérieure à l’économie réelle des pays industrialisés (OCDE). Ce découplage entre l’économie réelle et la sphère financière allait ouvrir le bal des dévalorisations internationales par le Krach boursier d’ octobre 1987. Après une première circonvolution le capitalisme mondial « déguisé pour la bonne cause en libéralisme » se retrouvait à la case départ, avec comme horizon des dévalorisations financières en chaîne.
Le constat était sans appel. Dans les principaux pays capitalistes, le système bancaire a été au cours de ses vingt dernières années considérablement ébranlé. Du Big Bang anglais aux privatisations françaises, en passant par la crise bancaire japonaise, les dévalorisations financières internationales, la quasi faillite de l’Argentine et les affaires américaine de ENRON à WorldCom et italienne du laitier Parmalat. Le monde de la finance est de plus en plus contraint à des restructurations pour éponger les créances dites douteuses, mais qui ne sont en fait que des anticipations de profits et de spéculation impossibles à réaliser.

Les prétentions des représentants du capitalisme mondial de mettre de l’ordre au niveau de l’ensemble des règles (jugées contreproductives) qui entravent le fonctionnement « spontané » des marchés, censés assurer grâce à la concurrence « enfin retrouvée » les meilleurs rendements vont provoquées un décloisonnement en chaîne de la sphère financière à l’échelle mondiale.
C’est ainsi que, des banques aux assurances, des caisses d’épargne à La Poste, tous devaient y passer. « Ils n’en mourraient pas tous comme disait Jean de La Fontaine, mais tous étaient atteints » (La Peste). Dès lors une concurrence très rude allait s’engager entre les places financières les plus importantes pour le contrôle des parts de marché, seul moyen de rentabiliser les investissements informatiques et de télécommunication très lourds mis en œuvre.

Le démantèlement, par fusion/acquisition des circuits de financement privilégiés devait entrer en action. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France on assistera à la banalisation croissante des Mutual savins banks, des Building sociéties et des caisses d’Epargne. Les distinctions, entre banques commerciales et banques d’investissements sont gommées : remise en cause du Glass Steagall Act de 1933 aux Etats-Unis, de même en Allemagne, au Royaume-Uni et en France avec la loi bancaire de 1984. Puis effacement des « frontières » entre établissements de crédit et maisons de titres (réforme de la bourse de Londres et de Paris).

Nous pouvons, au regard de ce qui se passe actuellement dans le secteur financier français (Banques, assurances et maintenant la Poste) considérer que depuis 1945 le secteur financier était resté relativement à l’écart des grandes restructurations économiques qui touchaient la classe ouvrière. Cela tenait en partie au fait que ce secteur était sous le contrôle de l’Etat, et que tout changement dans ce domaine ne pouvait être initié que par l’Etat. C’est ce qui va se passer, quand la question de l’intégration de la finance française dans l’UE va se poser (mise en place de l’euro en janvier 1999). Il faut se souvenir, qu’en 1985, l’UE avait entrepris de libérer les échanges des Services bancaires et financiers, toutes restrictions aux mouvements de capitaux devaient être abolies ; La ratification, du traité de Maastricht par certains Etats européens allait jouer un rôle d’accélérateur dans l’intégration des marchés bancaires et financiers.

La loi bancaire de 1984, va donner un premier coup de pied dans la fourmilière du secteur public.

En un bref laps de temps (1984-2000) le nombre total des établissements de crédit va chuter de moitié. L’Etat qui était le « propriétaire » des grandes banques va organiser son propre désengagement, pour ouvrir (conformément au traité européen) la voie aux privatisations, c’est-à-dire à la concentration du capital financier au niveau continental et international. La concentration étatique ou nationalisation, n’ayant plus lieu d’être dans le cadre de l’UE.

1-Les restructurations dans les banques et les assurances depuis les années 80

a- Les conséquences de la loi bancaire de 1984.

Depuis la loi bancaire de 1984, un tournant radical s’est opéré, visant à une concentration accrue du capital financier. Pour la première fois dans l’histoire de la vie bancaire, un cadre unique était mis en place pour l’ensemble du secteur prévoyant toute une série de réformes qui allaient déstructurer et restructurer tout le secteur financier.

Depuis 1945, l’Etat français contrôlait les trois plus importants groupes bancaires du pays, la BNP, le Crédit lyonnais et la Société générale. Après l’arrivée de la gauche (PC- PS) au pouvoir, 36 autres établissements bancaires seront nationalisés (1982).

Il en résultera que l’Etat devenait détenteur de 117 banques et quelques sociétés financières. Un tel contrôle du système bancaire par l’Etat va engendrer tous les tripatouillages fiscaux et financiers. Les hommes d’Etat favorisant certains établissements fiscalement et financièrement. Jusqu’au scandale du Crédit lyonnais caractérisé comme le premier échec de la « banque universelle ». La loi bancaire de 1984, se présentera comme voulant mettre un terme à la « dérive bancaire » et donc mettre un terme à tous les statuts juridiques particuliers (environ 30) et ainsi faciliter les futurs regroupements financiers en liquidant les petites féodalités bancaires. Le couperet va vite tomber, entre 1986 et 1999 la quasi-totalité des banques nationalisées seront privatisées en trois phases successives :

1°) Entre 1986 et 1988, six opérations vont toucher, les Compagnies Financières de Paribas et de Suez, la Société générale, le CCF, la BIMP et la Cie BTP soit au total 73 banques.

2°) En 1993, après 5 ans et la période de ni nationalisation, ni privatisation, 19 banques sont privatisées (la BNP et ses filiales), la BFCE et le Crédit local de France en 1995.

3°) L’année 1997, sera celle des dernières privatisations (le CIC et la Société marseillaises de crédit, puis en 1999, le Crédit lyonnais et la Banque Hervet en 2001. Seules la Caisse des dépôts et consignations et ses filiales restent dans le giron de l’Etat.

Une fois, les privatisations terminées, l’ère des fusions/acquisitions via la taille critique était ouverte. Pour justifier cette seconde mutation du secteur bancaire l’AFB ( patronat de la banque) va mettre en avant la récession des années 1992-1994, qui a entraîné une importante dépréciation de créances ( des petites et moyennes entreprises et des prêts à la promotion immobilière). Les premières opérations vont toucher les banques mutualistes et les caisses d’épargne, à la recherche de la fameuses taille critique qui taille régulièrement dans les effectifs.

Pour donner quelques exemples : le regroupement des caisses d’Epargne et de Prévoyance et de la Caisse nationale d’épargne spécialisées dans les prêts au logement et aux collectivités locales, va provoquer la mise en place d’un programme de réduction d’effectif. Au nombre de 468 en 1984, ce nombre chutera par étapes successives à 186 en 1990, puis à 35 en 1993. Le Crédit agricole, qui comptait encore en 1987, 95 caisses régionales, par fusions répétées termine à 54 caisses en 1999 et que dire des dégâts qui se préparent avec la fusion Crédit lyonnais Crédit agricole.

Le Crédit populaire, passe de 42 banques populaires en 1984 à 32 en 1992. La société anonyme de crédit immobilier (SACI), se rationalise et fait chuter son effectif de 171 en 1984 à 109 en 1999.

Le bilan est le suivant : Le nombre total des établissements affiliés à des réseaux, qui s’élevait en 1984 a 1127 a été ramené en 1999 à 297. Respectivement 661 banques mutualistes et 466 sociétés financières en 1984, et 155 banques et 142 sociétés financières affiliées en 1999. .Actuellement six banques françaises se partagent 90% des dépôts.

Dans le même temps aux Etats-Unis, sept des plus grosses fusions/acquisitions de l’année 1996 vont concerner le « monde de la finance ». Il est intéressant de noter qu’aux USA, la réforme du système financier par modification du Glass Steagall Act de 1928, vise à abolir les frontières entre l’activité bancaire, l’activité de gestion de titres et l’activité d’assurances. Il y a donc bien une restructuration globale du système financier international, qui se traduit pour les salariés par des suppressions d’emplois, la flexibilité, les délocalisations...

b- Les restructurations de l’assurance.

Dans les assurances le scénario est sensiblement le même. Pour concentrer le capital, il faut changer les statuts juridiques des entreprises. Aussi les 4 types de statuts vont être modifiés pour préparer les grandes restructurations et concentrations.

Entre 1994 et 1998, les nationalisées sont les premières, après leur privatisation à entrer en bourse. C’est l’état qui en fut l’initiateur, comme en 1968 quand’il concentra en quatre groupes les 34 nationalisées. Ainsi l’UAP (Union des Assurances de Paris) regroupera, dix entités de l’Union, l’Urbaine et la Séquanaise.
Les AGF (Assurances Générales de France) assimilent les AG et le Phénix, les autres donnent naissance à la MGF et au GAN.
Après le secteur nationalisé, se sont les mutuelles qui seront contraintes de changer de statuts . Certaines comme Azur et GMF vont complexifier leurs composantes juridiques pour y inclure des sociétés anonymes. Groupama, lui aussi va quitté son habit mutualiste pour endosser des formes juridiques de sociétés anonymes et d’assurances.
A cette époque, la bourgeoisie française pensait pouvoir avec un système d’économie mixte de plus en plus étatique se maintenir comme puissance mondiale. L’échec du programme commun de la gauche (PC-PS) de nationalisation, allait démontrer que la bourgeoisie française n’envisageait plus son avenir dans son cadre national, mais dans le cadre européen. En 1983 un coup d’arrêt est mis à la perspective du « tout Etat », et dès 1986 les privatisations sont à l’ordre du jour. Pour des raisons qui restent à élucider, la dénationalisation des « 3 vieilles nationales » UAP, AGF, GAN ne s’effectuera qu’entre 1994/1998. On peut penser qu’il était nécessaire, de dénoncer les Conventions collectives avant de procéder aux privatisations. Ce qui prendra quelques années.

Si en 1993, dix premières compagnies françaises dominaient le marché, avec une banque . 1994, les premiers coups de boutoir de la mondialisation lézardaient le système. La Grande-Bretagne fait une percée en France avec une OPA sur le groupe Victoire, qui donne naissance à Commercial Union et le groupe italien Générali, émerge à la dixième place ; il absorbera par la suite : la Zurich, le Continent et sera de la partie pour un concubinage à trois avec AZUR-GMF, MMA-MAAF en août 2004..

La bancassurance commence à tailler des croupières aux assureurs classiques.

En 1997, un premier bilan, montre que la Bancassurance et les assureurs étrangers passent de 25% à 51% du chiffre d’affaires des 10 premiers groupements d’assurances. Sont sur le podium, les banques CNP, BNP,et Crédit agricole (40% du chiffre d’affaires), et l’italien Générali et l’anglais Commercial-Union (11% du CA).
La part de marché des 10 premiers de l’assurance monte en pression ; avec 63 % (1997) de part de marché les leaders vont accélérer leur mouvement de concentration par rachat, absorption ou filialisation de compagnies plus petites.
En 2003, les concentrations se sont accrues. Les sociétés de l’UE pouvant désormais opérer en libre prestation de service (LPS) les assurances étrangères pénètrent en France. Même la « distribution » c’est-à-dire les grandes surfaces se mettent à l’assurance : (Banque Accord (groupe Auchan), S2P/Cama (Carrefour), Cofinoga (groupe galerie Lafayette), Finaref (groupe PPR).

Fin 2003, le bilan est le suivant : le groupe AXA reste en tête et prend une distance importante vis à vis des autres. La CNP (Caisse Nationale de Prévoyance) reste à la seconde place, les AGF doublent Groupama, le crédit agricole conserve sa cinquième place, Générali la 6éme, BNP la 7éme. Mais Commercial Union, Mutuelle du Mans et société Suisse ne figurent plus sur le tableau des dix premières. C’est Sogecap ( groupe société générale) qui prend la 8ème place, ACM (Assurance du Crédit Mutuel) qui prend la 9ème et UAF (Union des Assurances Fédérales liée au Crédit Lyonnais) qui est à la 10 ème place.

En dix ans le paysage de l’assurance c’est considérablement modifié. Ce n’est plus 9 compagnies traditionnelles et une banque qui sont sur le podium, mais, 6 banques, 2 compagnies étrangères ( Generali italienne) et AGF ( sous la coupe de l’Allianz allemande), et 2 françaises AXA et Groupama.

Si on dénombre actuellement 486 sociétés d’assurances, ce chiffre ne traduit pas la réalité puisque un même groupe, peut avoir plusieurs entités juridiques comptabilisées comme sociétés. Il faut considérer qu’en 2003, les 5 premières représentaient 42% du marché français et les 10 premières 62%.

2-Les grandes concentrations bancaires en Europe.

Toute la zone euro procède à des fusions acquisitions. Il n’est donc pas surprenant qu’une fusion ou qu’une acquisition stratégique soit annoncée presque quotidiennement dans le monde des banques européennes.

Les décisions prises au niveau de l’UE notamment à Maastricht et Amsterdam poussent aux concentrations bancaires. En effet le mouvement de déréglementation, de désintermédiation et d’innovations technologiques érodent les distinctions traditionnelles entre intermédiaires financiers. Des professions non bancaires telles que les compagnies d’assurances, les courtiers, en ligne, le grand commerce de détail, la Poste peuvent vendre des produits bancaires, comme la banque des produits d’assurances.

Les mêmes forces poussent aussi les banques traditionnelles à élargir la gamme des produits et des services qu’elles offrent à leurs clients (banque
électronique et services complémentaires à la tenue habituelle des comptes).

« Selon la Fédération des Banques Européennes, il y avait, à la fin de 1998, 2.955 banques commerciales en Europe de l’Ouest (c’est-à-dire les membres de l’Union Européenne, à quoi il faut ajouter l’Islande, la Norvège et la Suisse). Ces 2.955 banques représentaient un total d’actifs de 9.144 milliards d’Euros, 99.456 succursales, et 1.840.000 employés. »
A ce nombre, déjà important, de banques commerciales, il faut ajouter les nombreux autres instituts recevant des dépôts comme les Caisses d’Epargne, les banques mutuelles et les banques coopératives. Au total, les Onze membres de la zone Euro avaient plus de 7.000 institutions recevant des dépôts à la fin de l’année 1998.

a) Quelques exemples de fusions/ acquisitions en Europe.

• « en janvier 1999, la fusion entre Banco Santander et Banco Central Hispanoamericano entraîna la création de BSCH ;
• après six mois d’une bataille boursière contre la Société Générale qui commença en février, la BNP a fusionné avec Paribas entraînant la création de la première banque en France et la seconde de la zone Euro en termes d’actifs et de capitalisation boursière ;
• en octobre, Banco Bilbao Vizcaya (BBV) et Argentaria ont annoncé leur intention de constituer la BBVA ;
• au même moment, la Bank of Scotland a lancé une offre non sollicitée sur Natwest, la décision finale ayant été en fin de compte emportée par la proposition plus compétitive de Royal Bank of Scotland ;
• entre-temps, Banca Intesa a acquis 70 % de Comit, en Italie.
Depuis le début de l’année 2000, le mouvement de concentration ne donne guère de signe de ralentissement. Ainsi, on pouvait lire dans le Financial Times du 19 janvier 2000 :
• qu’ABN Amro était sur le point de fermer 1/6ème de ses succursales aux Pays-Bas pour redéployer ses ressources sur la banque électronique ;
• que Citigroup s’était portée acquéreur des activités de banque d’investissement de Schroder’s ;
• ¨ que deux banques portugaises, Banco Espirito Santo et Banco Portugues, avaient décidé de fusionner (une semaine plus tôt, Banco Commercial Portugues et Banco Mello avaient fait de même).
Puis, au début de mars 2000, vint l’annonce de la fusion projetée entre Deutsche Bank et Dresdner. Mais le 5 avril, l’opération de 33 milliards d’Euros se désintégra.
Entre-temps, le 3 avril, on apprenait qu’HSBC, la deuxième banque dans le monde en termes de capitalisation boursière devait acquérir le Crédit Commercial de France par une OPA amicale. »
(Union des Banquies Maghrebines-Alger, 3 juillet 2000.)

b-Reprise des fusions /acquisitions dans la banque européenne

La presse récente à fait état de la fusion de deux groupes japonais UFJ Holdings et Mitsubishi Tokyo Financial Group qui donne naissance à la première banque mondiale. Quelques jours après c’est la banque espagnole Santander Central Hispano (SCH) qui se lance dans l’acquisition du britannique Abbey National. Pour se donner une idée de l’opération, celle-ci s’élève à 12,8 milliards d’euros c’est-à-dire la plus importante opération transnationale de l’industrie bancaire européenne. Il semble à regarder les faits, qu’une nouvelle vague de concentration financière s’opère au niveau international. Aux Etats Unis, plusieurs initiatives sont en cours, comme l’achat de Fleet Boston par Bank of America ou celui de Bank One par JP Morgan. En Allemagne, France et Italie des restructurations sont à prévoir. En octobre on apprenait que l’italien UniCredit veut supprimer 3000 emplois d’ici à 2007. La première banque italienne en terme de capitalisation compte ainsi économiser 150 millions d’euros de frais de personnel, mais aussi transférer en Roumanie un grand nombre des activités de « back-office » (traitement administratif).
L’affaire semble importante, puisque au début septembre 2004, les ministres des 25 se sont réunis aux Pays-Bas. L’objet de la réunion concernait la « parcellisation bancaire » du marché européen. Cette « parcellisation » est un handicap pour le capital financier européen qui craint des OPA des grandes banques américaines.
En clair, il faut lever les dernières entraves à une concentration transfrontalière, il y a urgence. Pour y parvenir, il est même question de réviser la directive communautaire de 2002 sur l’application des règles de concurrence au secteur bancaire. Cette réunion à Scheveningen avait aussi comme but d’accélérer la mise en place d’un véritable gouvernement économique qui manque dans la zone euro. Il portera le nom d’Eurogroupe et sera présidé pour deux ans par J.C Junker (un des artisans du traité de Maastricht en 1991).

c- La place du système bancaire britannique au niveau international

La position historique de la place de Londres (la City) depuis plus d’un siècle, en tant que centre bancaire international n’est plus à démontrer.
• Sur les 20 premières banques européennes classées les banques du Royaume Unis occupent toujours une position dominante avec 9 représentantes. Au niveau international, la City de Londres traite 21% du total des prêts à des non-résidents et des prêts à des résidents en devises étrangères. La progression de l’implantation des banques européennes à Londres depuis 1980 est la résultante des mouvements de fusion/acquisition (à noter que la part des banques allemandes au niveau des prêts internationaux est particulièrement élevée (26%).
• les cents plus grandes banques du monde sont présentent à Londres.

De même que la France, la Grande-Bretagne va devoir faire face à la concurrence étrangère, qui dispose d’une grande expérience en matière de finance internationale et de capitaux importants. Au début des années 1990 les banques d’affaires seront confrontées à un processus de restructuration qui se traduira par le rachat de certaines d’entre elles par des établissements étrangers en 1995, rachat de Barings par ING de Warburg par la SBS, de Kleinwort Benson par la Dresdner Bank ; en 2000 de Shroeders par l’américain Salomon Smith Barney) Ses opérations anticipent des stratégies de dimension mondiale.

Les banques de dépôt procèdent à un vaste mouvement de restructuration. La révolution à la City, connue sous le nom de Big Bang, est l’illustration d’une concurrence sans merci que se livrent les différents organismes financiers qui s’efforcent de se placer au mieux dans les maisons de titres. Le système financier britannique se caractérise par une importante structure de prêts mobiliers depuis les années 80 et de ce fait se rapproche du système américain et japonais plutôt que des autres systèmes de l’UE Ces pays risquent d’être touché par un krach de l’immobilier

Non seulement les organismes bancaires se font une concurrence importante dans le drainage de liquidités, mais les uns sont autorisés, comme nous l’avons vu à empiéter sur la chasse gardée des autres. Ainsi est apparue la bancassurance, des banques utilisant de fait leur réseau pour distribuer des produits d’assurances. Ainsi la Lloyds TSB a incorporé Lloyds Abbey Life en 1996 et Scottish Widows en 1999 s’octroyant ainsi le plus important réseau de distribution d’assurances des banques du Royaume-Uni.

3- Les conséquences sociales des restructurations sur les salariés.

Le secteur de l’assurance sera le premier à dénoncer les conventions collectives et les remplacer par de nouvelles en retrait sur les anciennes. C’est donc le 27 mai 1992 qu’officiellement la nouvelle convention collective nationale succède aux conventions régionales. Cette mesure va faciliter les rapprochements et fusions et en même temps standardiser les critères d’exploitation de la force de travail.
Remise en cause du système d’ancienneté du mode de classification dit (Parodi) qui sera remplacé par un classement par fonctions dit (méthode Hay) et la suppression des primes pour réussite aux examens de la profession incluses dans le salaire.
Les salariés de la banque subiront le même traitement à la fin de l’an 2000. Tout était mis en place pour « L’industrialisation du tertiaire », l’introduction des nouvelles technologies et la mise en place d’une réadaptation permanente des salariés à l’évolution constante d’une gestion informatisée en réseaux interconnectés, via le zéro papier.
La remise en cause des conventions nous l’avons déjà fait remarquer s’est produite avant la déstructuration du secteur nationalisé. Le patronat de l’assurance (dirigé à l’époque par Denis Kessler numéro 2 du Medef) va procéder en deux phases pour liquider les conventions collectives. Dans un premier temps le secteur nationalisé à été mis de côté. La remise en cause des conventions étant compensé par des accords ou des conventions d’entreprises ( ex-AGF) qui semblaient « protéger le secteur » des dégâts, qui vont toucher le secteur privé et les mutuelles. Malgré quelques manifestations massives, bien loin du raz de marée de 1979 le rapport de force restera insuffisant face aux enjeux qui ce profil à l’horizon européen.
En fait, le patronat de l’assurance n’a fait que tuer un cadavre. Après la grande grève des assurances de 1979, l’esprit de lutte de Mai 68 allait s’effriter. La CFDT très présente dans le secteur procédera à son recentrage et liquidera « ses gauchistes » ; le moment de la grande pacification du secteur était bien amorcé, nombreux sont ceux qui vont « rengainer les couteaux » et jouer leur destin individuel .De son côté la CGT qui contrôlait toutes les actions de masse du secteur nationalisé entrera en crise interne, et la constitution de syndicats d’entreprise par la CGT achèvera l’isolement corporatif et concurrentiel qui s’amorce. L’esprit de boutique remplace celui de la solidarité pour laisser la place à « la lutte de tous contre tous ». On verra même des salariés de la banque manifester le 30 novembre 2000 sous la bannière de leur entreprise. Force ouvrière (FO) dirigée au niveau fédéral par les trotskistes du Parti du travail est bien trop faible pour avoir une quelconque influence décisive.
A l’approche du 21 éme siècle, non seulement il n’y a plus de résistance dans le secteur, mais les syndicats dans le cadre de la CES deviennent des gestionnaires actifs des restructurations, ils collaborent pour cette fonction au sein d’UNI-Europa et préparent la nouvelle vague de fusions/acquisitions au niveau européen au travers de la mise en place de comité de groupe européen...Rien ne semble plus les arrêter. La CGT procède dans le secteur à son recentrage et enlève mandat sur mandat aux délégués récalcitrants.
Pendant qu’ils s’occupent à faire le ménage, en prévision de nouveaux resserrements sociaux, la situation des salariés du secteur financier ne cesse de se dégrader. Les boulons de la « productivité » se resserrent, l’informatisation nouvelle génération, permet un contrôle permanent du rendement et des erreurs de chacun. La Triche devient impossible et le « harcèlement » dont on nous rebat les oreilles est généré par le poste de travail lui même ( plate forme téléphonique et autres » interchangeabilité des gestionnaires, flexibilité, mobilité géographique, permanences... Il n’y a plus beaucoup de place pour la vie au travail et pour certain le travail déborde même sur leur vie privée. La structuration et la conception des nouveaux bâtiments fait penser au système carcéral ( ex Générali Saint Denis) avec sa cours intérieure.

Les nouveaux embauchés.

Contrairement à la période de Mai 68 les nouveaux embauchés n’apporteront pas la « révolution » dans les entreprises, bien moulés et bien formatés par nos chers professeurs de l’éducation nationale. C’est la « révolution individualiste » qui fait son entrée. Seulement les BAC +2 et plus se rendent assez rapidement compte, que leur carrière se limite à la classe 4. Point d’espoir d’évolution si ce n’est finir ses jours devant un écran. La dure réalité frappe un nombre croissant de jeunes femmes, souvent seules. Celles-ci doivent assumer un loyer dépassant en région parisienne la moitié de leur salaire. Le poste de travail lui-même, peut être considéré comme précaire (même en contrat à durée déterminée). Les suppressions de poste ou la fermeture d’une entité et vous voilà en situation de recherche d’emploi au sein même de votre entreprise, la mobilité géographique vous menace alors. Une fusion arrive, et là les économies d’échelle ne feront de cadeau à personne, l’employabilité dépendra de la capacité rapide du salarié à se recycler à l’échelle du secteur financier. « La formation tout au long de la vie a été mis en place pour cela ». Tous ces facteurs, s’ils contribuent à une prise de conscience individuelle de l’exploitation n’en restent pas moins une entrave au rapport de force. Ce même rapport de force est aussi laminé par le poids de l’encadrement qui ne cesse d’augmenter, le taux d’encadrement est passé de 33,6% en 1996 à 39,3% en 2002, en particulier par un accroissement significatif des classes 5 et 6 et, dans une moindre mesure des classes 7.

a- La nouvelle donne syndicale.

Pour le patronat européen, toutes les restructurations et adaptations à la concurrence capitaliste et à la rentabilisation/ modernisation de la sphère de circulation du capital, doivent s’opérer avec l’agitation minimum et même dans la mesure du possible avec l’aide et l’accompagnement des syndicats.
Un tournant va donc s’opérer, à la demande de la Commission européenne, un rapport sur la situation des banques et assurances sera demandé au cabinet Bernard Brunhes. La livraison de se rapport se fera en 1997 sous le titre évocateur de « l’impact sur l’emploi des changements structurels affectant les services financiers ainsi que les analyses et réponses syndicales. »
Le rapport allait faire ressortir qu’il fallait dorénavant privilégier la négociation d’entreprise par rapport à la négociation de branche. En fait il fallait démonter toutes les structures syndicales qui permettaient la mise en place de rapports de forces globaux et ramener l’activité syndicale au niveau du corporatisme ambiant et sanctionner par accord d’entreprise cet état de fait, pour achever la mise en place de la « politique sociale personnalisée ». Tout commença par les négociations salariales de branches qui allaient devenir inexistantes dans l’assurance, tout était ramené au niveau de l’entreprise et dans les entreprises en fonction du rapport de force on poursuivait une politique d’indexation salariale ou l’on introduisait le système du « salaire au mérite ». Les nouvelles conventions collectives, brisèrent
le système de classification Parodi dit de métier et le remplacèrent par un système de classification par fonctions très évolutif et individualisé, là ou il y avait environ 20 métiers, il y en aura 200 et évolutifs. Avec ce système les syndicats allaient perdre toute influence sur le niveau des classifications au profit du management. Les politiques patronales qui vont être prescrites viseront constamment à briser préventivement tout rapport de force. Le groupe AXA fut un grand spécialiste des déménagements en tous lieux et d’un bout de Paris à l’autre pour réduire ses effectifs de 20%. Ce que nous constatons pour l’assurance l’est aussi pour la banque.
Les « déménagements » doivent être considérés comme une mesure visant à entraver toute lutte. Il leur faut briser dans l’oeuf toute constitution de communauté de travail pouvant revendiquer par elle même. D’un côté les directions occupent les représentants syndicaux par de la « réunionnite » constante pour les couper du personnel et finalement faire ami ami avec eux et les tutoyer. De l’autre coté le management utilise le système de formation permanente pour bien prendre la tête des salariés sur les objectifs qu’ils doivent s’auto-fixer ; l’ntégration se fait donc par les deux bouts. Les syndicats vont même bénéficier du « chèque syndical patronal » ( AXA, GMF, GAN...). Au niveau européen on s’active aussi, pour parachever la mise en place de ce que le nouveau syndicalisme européanisé devra être. A cet effet fut créer UNI-Europa cartels de syndicalistes de la CFDT, CGT,FO, CFTC... qui se congratules avec le patronat pour faire les jeux et préparer les « futures négociations ». Le programme « revendicatif » des partisans de l’UNI-Europa est sociétal et comportemental » il se limite à être une courroie de transmission des droits de l’homme et du pouvoir européen à l’intérieur des entreprises.

Le harcèlement, remplace l’exploitation. L’égalité homme/femme a laminé certains droits de la femme et introduit le travail de nuit des femmes en France. La non-discrimination est aussi le dada de cette mouvance proche de l’association ATTAC.

Certains syndicats de branche vont se dissoudre pour favoriser la constitution de syndicats d’entreprise et ainsi briser les rapports de force locaux et de branche au profit d’un contrôle accru des fédérations pour la désignation des mandats syndicaux centraux.

Le patronat de son côté, va profiter des grandes restructurations pour essayer de mettre en place, de nouvelles structures de négociations dites « atypiques »
structures souvent liées à la constitution d’UES ( Unités économiques et sociales). Les avocats seront les premiers bénéficiaires de cette mélasse, qu’ils ne parviendront pas à démêler. Alors, l’ère des super- délégués va trouver un terrain vierge sur lequel la super-collaboration va pouvoir enfin s’exprimer, à la manière des syndicats verticaux de triste souvenir.

Le patronat par accord avec les syndicats, offre la possibilité de désigner dans les grandes entreprises un délégués syndical national ou coordinateur ; celui-ci et lui seul doit composer la délégation syndicale qui viendra négocier. Ce n’est donc plus les syndicats de base ou les sections syndicales qui décident, mais le super-délégué.

Vers le syndicalisme rassemblé.

L’initiative nous vient de la CGT finance et de la CFDT du secteur bancaire. Suite aux divers retournements de la CFDT depuis le recentrage de la centrale en 1979 et son passage progressif aux thèses du « libéralisme » les militants CFDT d’influence social-démocrate, allaient saisir l’affaire de la réforme des retraites pour rompre avec la CFDT.
Le 3 novembre 2004, allait se tenir à Montreuil, un important rassemblement visant à la constitution d’un « syndicalisme rassemblé ». Ce que la CGT n’est pas parvenue à faire par le haut au Congrès de Strasbourg l’alliance Nota /Thibault, la CGT-finance l’organise par le bas. A cet effet il est prévu un Congrès de constitution de la nouvelle fédération, qui se tiendra le 31mai 2005. La nouvelle structure va jusqu’à faire des appels aux autres syndicats (SUD, Unsa et FO). Depuis cette annonce, une chasse à la sorcière a commencée dans tout l’appareil cégetiste, car l’expérience du secteur financier ne tardera pas à s’étendre aux autres fédérations.

b-Les dégâts sur l’emploi dans les banques et assurances.

Dans le monde entier, après les fusions et acquisitions, les employés vont être confrontés à des licenciements et pertes d’emploi massifs, habituellement réservés à la seule classe ouvrière. L’insécurité de l’emploi se généralise chez « les cols blancs » selon un rapport du BIT (Bureau International du Travail).

Aux Etats-Unis, le nombre de banques commerciales a chuté de 30% de 1985 à 1995. La fusion en 1995, de Chemical Banking et de Chase Manhattan a entraîné la suppression de 12000 emplois. Les déconfitures financières en Thaïlande, se sont traduites par le licenciement de nombreux salariés de banques ; de même au Brésil, chute de 79 000 emplois dans les services bancaires et financiers au cours de la dernière décennie. En Argentine entre 1994 et 1999 c’est plus de 22 000 emplois qui ont été supprimés et depuis la grande crise , le MSF (Manufacturing Science Finance) syndicat britannique présente une liste des suppressions d’emplois causées par les principales fusion et acquisition :
• reprise de ITT London and Edinburgh (L&E) par Norwich Union en 1998 : 600 licenciements à L&E et 80 à 90 emplois dans les ressources humaines supprimés à la Norwich Union lors des restructurations suivant la fusion ; reprise de Scottish Amicable par Prudential en 1997 : pas de suppressions d’emplois ;
• fusion entre la United Friendly et Refuge Assurance en 1996 : 1.700 licenciements annoncés initialement par l’entreprise, chiffre qui est en réalité passé à 2.200, plus 1.000 licenciements supplémentaires par suite de la restructuration ; fusion entre Royal et Sun Alliance en 1996 : l’entreprise a annoncé la suppression de 4.000 emplois, dont 3.000 au Royaume-Uni et 1.000 dans le reste du monde. En fait, il y a eu plus de 4.000 licenciements rien qu’au Royaume-Uni, récemment suivis par une série de 200 autres licenciements.
Dans tous les cas cités ci-dessus, la direction n’a fait aucun effort pour éviter ces suppressions d’emplois et n’a pratiquement offert aucun programme de formation ou de recyclage aux salariés. A la Norwich Union, certains salariés ont été réembauchés sur la base de nouveaux contrats, mais à des conditions et des termes inférieurs. Chez United Friendly, la transformation a été si complète, y compris avec l’externalisation de certains services essentiels, que, selon le MSF "Ce n’est plus la même entreprise". Certaines mesures d’externalisation ont également été signalées à la Royal et des programmes de formation et de recyclage ont été offerts aux salariés à des fins de redéploiement.

L’UNIFI signale que lors du rachat de la Midland Bank par la HSBC, certains emplois au siège de la société ont été supprimés immédiatement après. Par ailleurs, la fusion n’a guère modifié la structure de la grande entreprise. Faisant écho aux commentaires de Comfia-CC.OO, le syndicat déclare : "ces changements sont dus à la centralisation et à l’utilisation des technologies »

Ce que représente en France le secteur de l’assurance en terme d’emplois.

Il occupe environ 240.000 emplois, soit 1% de la population active en France une évaluation objective devrait y ajouter les 100.000 emplois (estimés) des sociétés d’assurances françaises à l’étranger. Parmi ces emplois 70% sont des salariés des compagnies d’assurances ou des banques intervenant dans la bancassurance, tandis que 30% sont des emplois externes, c’est à dire dans les réseaux de la distribution. Les agents généraux et les courtiers sont, avec leurs collaborateurs, plus de 70.000 à offrir à la clientèle des services de proximité, répartis sur tout le territoire.

« Les fusions qui ont eu lieu en 1997 et 1998 ont touché 48% des emplois de l’assurance, étant entendu que nous considérons à la fois les employés de la compagnie absorbée, et ceux de la compagnie absorbante. En effet il faut considérer pour chacune des 4 compagnies majeures étudiées, toutes les relations qui en découlent ; la déstructuration des AGF n’implique pas seulement son personnel (18.000 agents), mais ceux des groupes Athéna (3.500), Generali-France (10.000) et Allianz-France (4.500) la vente du Gan (14.000 personnes) implique aussi le personnel de Groupama (10.000). Pour simplifier, nous signalons brièvement que les fusions des compagnies d’assurances ont affecté leurs filiales bancaires (vente du CIC par le GAN au Crédit Mutuel ; pour l’UAP cession de la Banque Worms)

Au total, la façon dont AXA a conduit l’absorption d’UAP donne des indications utiles sur les enjeux réels d’une fusion ; qualifiée de "big bang" par Claude Tendil, PDG des sociétés d’assurances AXA et de l’UAP. La fusion a comporté les aspects suivants : disparition de la marque UAP, dont le slogan était "numéro un oblige." ; les syndicats demandant un statut unique pour un employeur unique, AXA-UAP l’accorde ; diminution des effectifs de 1.500 personnes pendant l’année 1997 ; envoi de 20.000 lettres de changement de fonction et/ou d’affectation aux salariés en France ; les 25.500 salariés ont vu leurs contrats transférés le 1er avril 1998 dans la nouvelle structure de gestion ; - définition de 12 directions régionales à la place des 21 directions préexistantes ; - diminution des 16 sociétés opérationnelles, refondues en 3 pôles de distribution ; - pression exercée sur les agents généraux (3000 pour AXA et 1500 pour UAP) pour qu’ils rapprochent leurs activités, et que leur nombre diminue à terme de 4500 à 3500 mise en place d’une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences afin de diminuer de 20% le personnel en 5 ans (soit moins 5000 personnes) mesures de sauvegarde face à "la crise de l’assurance" (augmentation de la sinistralité, et guerre des tarifs) afin d’augmenter la productivité commerciale, donc supprimer les emplois excédentaires. Si l’on extrapole ces mesures types prises par AXA à l’ensemble des fusions réalisées, des diminutions de personnels sont prévisibles à hauteur de 8.000 à 12.000 emplois ; ces suppressions étant réalisées pour la plupart par le non-remplacement des partants.

4- Restructuration et automatisation de la Poste

Dans Echanges N° 109 p.51 Il est fait état de l’imposante grève de 200 000 postiers en 1970 dans les Etats du Nord et de l’Ouest des Etats-Unis. « La plupart de ces postiers se trouvaient maintenant quant à la discipline et à l’insécurité d’emploi dans la même situation que les ouvriers d’usine alors que les bureaux de poste étaient mécanisés et automatisés. Le président Nixon envoya la troupe pour faire tourner la poste mais la grève contraignit le Congrès à augmenter les salaires et à réorganiser le système postal".

Quelques années après, la Poste est remise en cause dans l’Union Européenne :

La Poste suédoise sera déréglementé en 1994, et cité dans la presse comme le modèle à suivre pour les autres pays de l’U.E.. Elle est en quelques sorte une préfiguration de ce qui va se passer dans les autres pays. Le service universel qui était la fonction du réseau postal ne fut pas remis en cause immédiatement. L’Etat intervenait en versant une compensation financière à l’obligation d’offre de la filiale financière de la poste, dans les zones non couvertes par le marché, c’est à dire non rentable pour lui. Cependant il arriva très vite, que la compensation de l’état allait s’amenuiser avec le temps, et que l’espérance d’un relais issus des revenus des services n’était pas au rendez vous. La poste suédoise fut donc rapidement acculée et contrainte de vendre Postgirot, en rompant son accord de distribution avec Nordbanken en mars 2001, ce qui revenait à fermer progressivement des bureaux de postes, voir la liquidation de la poste dans les faits. Dix ans après la déréglementation, 35 opérateurs sévissent sur le marché suédois, avec pour conséquences une augmentation du port pour les particuliers et une baisse de plus de 30% des prix pour les gros clients.
Cette situation n’est pas propre à la poste suédoise, mais à l’ensemble du système postal de l’UE et sans doute du monde. En Allemagne, en Autriche, en France et récemment au Japon... Dans ce pays, le premier ministre a fait adopter par son gouvernement son projet de privatisation de La Poste. Elle devra d’ici 2007 éclatée en quatre entités. Il s’agit en fait d’utiliser l’énorme épargne (350.000 milliards de yens qui dorment sur les comptes postaux). La remise en cause des missions d’intérêts général, pourtant stipulé par le traité d’Amsterdam démontre l’ampleur de la crise « sociétale » que traverse le capitalisme. C’est inévitablement l’exclusion des populations n’ayant pas accès aux nouvelles technologies, et (ou) vivent dans des zones isolées qui se met en place.

En France, l’ouverture à la concurrence du secteur postal est en cours de réalisation, il avait commencé en 1991 par la séparation de la Poste et France télécom. En juin 2000 le fruit était mur pour l’adoption d’une loi cadre qui allait transformer la Poste française en Sté anonyme, et en novembre 2004, Jean Paul Bailly président de la Poste dévoilait son projet de démantèlement du service public. La Poste dit il « doit passer de l’ère de la production à celle des services » si l’on retourne les termes nous aurons un début de vérité « nous devons passer de l’ère du service public à celui de la production de profit ». Le sieur Bailly, parle de la création de nouveau métier constituant un véritable tournant dans l’activité de la Poste, comme par exemple vendre du pain... « Il nous faut passer d’une culture de produits achetés à celle de produits vendus ». Il faut bien décoder le double langage de Bailly qui donne l’impression de vouloir laisser à la Poste la distribution de services. Dans la réalité la Poste va devoir abandonner son réseau de service au profit d’un réseau de vente, et les 100 000 guichetiers devront se transformer en « vendeurs de services ». Comme pour les autres secteurs de l’économie, la Poste veut ses économies d’échelle et compte bien déclasser plus de 6000 bureaux.

Depuis le 27 novembre 2004, la Poste dispose d’un contrat de plan pour la période allant de 2003 à 2007. Ce plan déclare le « démineur » doit permettre à la Poste d’affronter la concurrence et d’être en 2010 parmi les plus compétitive. Un investissement de 3,4 milliards d’euros, doit permettre de rationaliser la Poste.
L’automatisation de la Poste, devrait faire passer le pourcentage de lettres distribuées, de 70% à 85% jour+1, la concurrence allemande et hollandaise atteignant un taux de 90%. Le remaniement des centres de tri (130 actuellement encore en vie) devrait voir leur nombre chuté de moitié. Ils seront remplaçés par de grandes plates-formes de tri, comme celui de l’aéroport de Roissy qui vient d’être inauguré. Pour se faire une idée de l’augmentation du taux de productivité, c’est-à-dire du taux d’exploitation des salariés, comparons le centre Nanterre trie (déjà bien automatisé) deux millions de plis par jour pour un effectif de 400 salariés, avec celui de Gonesse, qui avec seulement 600 salariés traite cinq millions de plis par jour. Le gain de productivité est énorme, environ 40%.
Avec une telle perspective de productivité, la Poste a déjà fait ses calculs : d’ici 2012, il y aura 120 000 départs en retraite sur les 320 000 postiers actuels, tout sera donc fait pour en remplacer le moins possible. Ce qui corrobore avec les déclarations de JP Bailly qui vise une réduction des coûts du personnel de l’ordre de 20 à 30%.

Depuis l’objectif de J.P. Bailly dit le « démineur » est « d’industrialiser » la Poste. Le terme « industrialisation » n’est pas neutre il est aussi utilisé pour les banques et les assurances, et indique que dorénavant « les gains de productivité » seront aux postes de commande, ce qui suppose un contrôle continu des « compétences » et « performances » des salariés par le truchement de « la formation tout au long de la vie ». Dans la même lignée, « un nouveau contrat social entre La Poste et ses collaborateurs » est en négociation depuis début septembre avec les syndicats. Au delà des sussucres très vagues sur l’emploi pour appâter les ... collaborateurs syndicaux, c’est un ambitieux projet de refonte du cadre d’emploi de tous les agents. L’obsession des patrons y transpire d’inventer leurs propres règles en se substituant littéralement au statut des fonctionnaires et aux dispositions trop contraignantes du Code du Travail. Comme les salariés des assurances et des banques le subissent déjà voici résumé les grandes lignes du management des secteurs industrialisés.
« ... des temps et des régimes de travail adaptés aux exigences de la demande de nos clients », « une charte qui précisera les conditions d’emploi des personnels sur leurs positions de travail », « ... codifier les droits et obligations qui doivent régler les comportements professionnels, les rapports entre les personnes », « la mobilité est également une voie de développement professionnel que la Poste formalisera dans une charte de la mobilité interne des salariés ». Comme Pétain jadis, on raffole de marier les mots « Charte » et Travail. L’hypocrisie des rapports de domination est enrobée de prétentions pompeuses : « la considération pour les personnes est une de nos valeurs et un principe de notre style de management. La considération pour les personnes est intégrée dans les systèmes d’acquisition et de reconnaissance des compétences, elle est sanctionnée dans le cadre du management de la performance. ». Contournant les « grades », la direction de La Poste a quasiment remplacé depuis 10 ans les concours internes/externes par le clientélisme ou par des sélections au profil ; mais comme dit le projet de nouveau contrat social : « ces expérimentations serviront à préparer l’élargissement de la gestion par les compétences dans les différents secteurs de la Poste ».
Quant à la banque postale, tout laisse à penser qu’elle finira sa course, comme la banque suédoise, plus elle va émerger, moins elle ressemblera à ce qu’est encore un Centre de Chèques ou un bureau de Poste aujourd’hui. L’accroissement de moyens (les prêts ou les assurances, etc..), pour singer les banques qui les font déjà dans un marché stagnant voire déprimé, n’est un soporifique que pour ceux qui croient aux contes de fées des dirigeants ! Le périmètre de la boîte n’augmentera pas avec la « fidélisation » de jeunes clients, mais ces procédures en profileront un très différent qui pourra enfin recouper le bancaire et s’y fusionner. En éjectant la part de la population jugée sans intérêt et le nombre d’agents devenus inutiles lui correspondant, c’est la Poste en tant que telle qui aura disparu.

Pour se faire à la liquidation de leur qualité d’agents publics, les guichetiers auront dès 2004 une nouvelle fiche de poste à signer. Alors que l’actuelle les enjoint de « proposer les produits de la Poste », il s’agira désormais qu’ils « contribuent au chiffre d’affaires en faisant des propositions commerciales. Pour l’instant, ces perspectives ne troublent guère la gaieté des guichetiers du service public jouant à la marchande à qui mieux mieux ! Nous rappelons qu’à défaut de faire des morts, la guerre commerciale ressemble beaucoup à la guerre (il y a des « blessures » qui font du dégât). Cette guerre se fait par et entre des salariés qui ne se connaissent pas et s’entredéchirent, au profit de patrons qui se connaissent bien, mais ne s’entredéchirent pas...

En conclusion.

Toutes les fusions et acquisitions, dont nous venons de donner un aperçu, ne sont que le reflet de la crise profonde et durable qui se manifeste au sein même du capital financier et à ce titre au niveau du capital total.
Les dévalorisations en chaîne, et les crises bancaires indiquent les limites de la valorisation du capital et rappellent à ceux qui l’aurait oublié que l’argent ne saurait rapporter de l’argent comme le poirier des poires. La crise bancaire, c’est-à-dire la faillite pure et simple de banques ne fait que confirmer la contradiction fondamentale du système capitaliste entre les rapports de production et les forces productives. La crise bancaire comme durant les années 1930 aux Etats-Unis balaye le monde.
Ayant tiré les leçons du célèbre krach de 1929, les Etats se précipitent (avec l’argent des contribuables) pour renflouer les banques défaillantes dans le paiement de leurs dettes. Ainsi aux Etats-Unis, c’est 7,5 milliards de dollars que l’Etat injectera en 1984 pour sauver la banque Continental Illinois, puis 4 milliards pour la First Republic Texas, et 350 milliards pour le sauvetage des caisses d’Epargne en 1989, etc... Au total, entre 1984 et 1995, ce sont 1234 banques commerciales qui vont bénéficier de la reprise de leurs créances douteuses par l’Etat.
En France, pour sauver le Crédit Lyonnais, c’est quelque 100 milliards de francs que l’Etat va éponger (10.000 FR par contribuable)
Le Japon est à cet égard le pays ou l’Etat ne cesse d’intervenir pour sauver les banques de la faillite : nationalisation de la Long Term Credit Bank, puis de la Nippon Credit Bank en 1999.

Après la crise mexicaine l’Abonnis, 8ème banque du Mexique entrait en insolvabilité technique en mars 1995. En Argentine, la Banco Extrader fait faillite suite à la crise du peso, ainsi que la Banco Bases et Banco Multicredito.Au Brésil : la Banco Economico de Bahia en faillite technique. Les principales banques privées du Brésil ont mis en place un plan de 800 millions de réaux pour garantir les dépôts de cette banque.

1995-Crise en Europe de l’Est, Après avoir suspendu ses opérations, Banca Baltija, première banque commerciale de Lettonie, est déclarée en faillite en juin 1995.Le montant des pertes spéculatives s’élève à 400 millions de $.Fermeture de quatre autres banques.

République tchèque : Fermeture en octobre 1995 de Césars Bank suite à de fortes pertes. Et nous pourrions poursuivre la liste en élaborant une liste de toutes les banques fragilisées par les grands scandales financiers. L’année 2005 sera sans aucun doute, une année qui va révéler toute l’ampleur de la crise financière, qui couve depuis les années 1980 et éclate de manière sporadique.

Gérard Bad Décembre 2004

voir aussi Une expérience d’organisation ouvrière. Le Conseil du personnel des Assurances Générales-Vie

Bibliographie

1) La concentration bancaire en Europe (Union des Banques Maghrébines - Alger, 3 juillet 2000.)
2) La dérive bancaire.
3) La revue d’économie financière n° 61.
4) Séminaire d’histoire contemporaine David Rouzeau Professeur Sébastien Guex 30 mai 2001, « La crise bancaire américaine 1930-1933. »
5) Les fusions entre compagnies d’assurances (1993-1998) : les enjeux humain d’un « big bang », Bernhard Kitous, (Centre d’études nord - américain, EHESS).
6) « Les stratégies syndicales face aux bouleversements dans l’Europe des banques et assurances » (Le Monde du 18 nov. 1998)
7) Economie réelle et sphère financière (journal officie du 30 /11 /1988.)
8) L’incidence sur l’emploi des fusions et des acquisitions dans le secteur des services bancaires et financiers Rapport du Bureau International du Travail (BIT) Genève 2001.
9) T.Thomas, l’hégémonie du capital financier et sa critique, éd. Albatroz.
10) « La Productivité » économie sciences sociales ed. Nathan Pascal Combemale, Arnaud Parienty.